Le Grand Sarry porte l’empreinte de plus d’un millénaire d’occupations, appréhendées lors d’une fouille de 1 ha en 2019 (1). La ferme actuelle, toujours implantée sur le carrefour de voies médiévales, en demeure l’héritière directe.
L’implantation de cet habitat s’explique par la proximité d’une voie antique, la présence de ressources naturelles, comme les argiles propices à l’artisanat potier, et son intégration progressive aux domaines seigneuriaux et monastiques dès le début du Moyen Âge.
Les fouilles, réalisées à proximité de la ferme actuelle du Grand Sarry, ont livré des vestiges datés entre le 9e au 16e s. Ils ont été confrontés aux sources écrites et permettent de dresser différentes phases d’occupations. Elles rendent compte des mutations observées pour la gestion territoriale des espaces et des bâtiments associés dans le nord-ouest de l’Orléanais : un habitat léger, des terroirs agraires, un artisanat spécialisé puis une affirmation seigneuriale.
Les premières traces (9e s.)
Les indices les plus anciens révèlent une fréquentation discrète des lieux. Au 9e s., l’installation est plus pérenne et structurée.
L’habitat, construit en matériaux périssables, a laissé peu d’empreintes. Le réseau de chemins antiques fossilisés dans le parcellaire carolingien et les rejets domestiques témoignent d’une occupation déjà multipolaire.
Un terroir mixte (10e– 11e s.)
Le site est parsemé de silos à grains et de greniers aériens, pour la gestion de récoltes abondantes. La consommation de viande de jeunes animaux, la présence de toiture en tuiles et l’exploitation du calcaire suggèrent une occupation au statut privilégié.
Densification et artisanat (13e– 14e s.)
L’habitat se densifie et s’organise en enclos domestiques et artisanaux. Le paysage agricole se transforme profondément. Les vestiges révèlent une économie de productions diversifiées : batteries de silos et vases de stockage de grand gabarit, indices de viticulture et fosses de tours de potier dans un espace artisanal enclos (2). Les indices de la viticulture sont déduits de la présence de tranchées de provignage et de résidus de raisin noir retrouvés dans des vases.
L’ensemble traduit une organisation complexe où se mêlent de multiples compétences participant à la richesse d’un grand domaine. Ces critères indiquent l’émergence d’une élite paysanne (3).
Vers le domaine seigneurial (15e– 16e s.)
En 1402, Sarry apparaît dans les textes en tant que paroisse, puis comme domaine seigneurial entouré de fossés. Le bâti se fixe autour du carrefour des chemins de Gidy et d’Ormes.
Les vestiges architecturaux témoignent d’une construction solide et plus durable avec des parties maçonnées : radiers de fondations, lambeaux de maçonneries, foyers maçonnés, sole en terre cuite de cheminée (4 et 5). Les matériaux sont riches et variés : moellons calcaires, briques, tuiles, ardoises, carreaux de sol. Ces édifices pourraient être l’héritage architectural de bâtiments figurant sur les cartes anciennes de la fin du 17e siècle sur ce secteur (6).
Les activités domestiques et productives du domaine sont intenses d’après le mobilier archéologique et les différentes structures d’exploitation : fosses d’extraction, annexes agricoles, ateliers artisanaux.




